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  Prajna

La Prajna est la connaissance qui permet de nourrir les consciences en vue de la réalisation des sagesses, c’est-à-dire de la bouddhéité. C'est Prajna que l'on utilise dans la méditation pénétrante (vipasyana).

Prajna signifie connaissance supérieure (Shérab), c'est-à dire la connaissance directe de la vérité qui mène à la libération.

Le mot « prajna » est formé du préfixe directionnel pra-, que l’on retrouve dans le grec et le latin pro - « en avant, au-delà », et de la racine JÑĀ « connaître », très fréquente en sanskrit et dans les langues indo-européennes, comme dans le grec gno-sis, le latin co-gno-scere, l’anglais to kno-w, le français con-na-issance.

Prajna (interprétation moderne intellectuelle)

Le rôle de la « connaissance discriminante » ( Vijnana) est de distinguer, séparer (vi-), examiner, étudier, réfléchir, raisonner, etc. Sans le contrôle de la Prajñā (Connaissance transcendante), la « connaissance discriminante » tend à produire un développement infini de cogitations, divagations, ratiocinations, etc. , qui est à l’origine des innombrables théories, discours, mythologies, certitudes, dogmes, etc., c’est-à-dire de tout ce qui peut être « exprimé »…

La Prajñā est donc une connaissance qui va au-delà de la connaissance neuronale et synaptique du cerveau. Elle donne une « Vue » au-delà des vues fournies par la connaissance commune, mentale, dialectique et rationnelle, que le sanskrit nomme le vijñāṇa.

Pour mieux comprendre la notion de Prajñā , il faut préciser la notion de citta, de « cœur ».

En Occident, ce concept de cœur a été perdu, l’homme est devenu « neuronal ». Le siège des activités psychiques est dans le cerveau et il n’est point question de Connaissance transcendante. Alors qu’en Orient, ce siège n’est pas dans la tête, mais dans « citta », le cœur.

Le cœur (citta), localisé dans les corps subtils, reçoit l’influence de trois niveaux de conscience ou de connaissance :

- la subconscience, avec ses quatre émanations subconscientes : 1) vouloir-ressentir, jouir toujours plus ; 2) vouloir-vivre, continuer toujours ; 3) vouloir-avoir des opinions, certitudes, croyances ; 4) vouloir-ignorer, ne pas voir les choses telles qu’elles sont ;

- la conscience, niveau des activités neuronales et synaptiques du cerveau : le « mental » (manas), et sa production vijñāṇa, la « connaissance discriminante » ;

 - la supraconscience ou Connaissance transcendante, l’Intuition métaphysique : la Prajñā.

Tout « état » du citta, du cœur, à un instant donné résulte d’une « combinaison » de ces trois séries d’influences. Si l’influence de la Prajñā est nulle, le cœur est sous la seule influence des deux autres séries, ce qui provoque les drames de l’humanité : désir, haine, stupidité, opinions, certitudes, et leur cortège de guerres, meurtres, exactions en tout genre... et aussi les tromperies, mensonges, vols, viols, harcèlements… et encore l’insatisfaction, le mal-être, les obligations, les peurs, les peines, le chagrin, le désespoir, etc.

Lorsque la Prajñā est, si peu que ce soit, « éveillée », elle tend à neutraliser l’influence du conscient et du subconscient sur le cœur. Elle éclaire le conscient, les activités du mental (manas), la connaissance discriminante (vijñāṇa), c’est-à-dire qu’elle les rend de plus en plus « pures de désir, d’animosité et de stupidité » en réduisant l’influence intoxicante de la subconscience. Ensuite, dans certaines circonstances, notamment pendant des pratiques de tranquillisation (śamatha) du corps et du cœur, il est possible de rendre plus intense l’influence de prajna en faisant cesser peu à peu l’influence du conscient et du subconscient.

Les « progrès » dans la compréhension, comme pour tout autre « apprentissage », passent par les opérations mentales du vijñāṇa, notamment la raison, qui est nécessaire pour contrecarrer les tendances naturelles à l’irrationnel ( mythologies, croyances, certitudes, besoin de « merveilleux » ou d’adoration, imaginations, divagations, phantasmes, rêveries, etc). Mais, si la Prajñā n’est pas éveillée, cette compréhension « raisonnable » restera superficielle, uniquement mentale, conduisant à l’erreur, et la connaissance du Dharma, même très érudite, ne sera qu’une simple distraction intellectuelle, sans conséquences profondes sur le cours de l’existence.

La Prajñā sommeille plus ou moins profondément en chaque existence humaine. Ce sommeil empêche de voir les choses telles qu’elles sont, c’est-à-dire impermanentes, sans essence, donc insatisfaisantes. Et cette absence de vue juste – perturbée par la convoitise, la malveillance et la stupidité –, est la source de tous les maux de l’humanité. Cette ignorance de la véritable nature des choses, est aussi à l’origine de l’attachement, de la difficulté à se libérer de l’emprise phénoménale, alors que tous les phénomènes ne sont pourtant que des apparences, puisque sans essence, sans entité, sans un être, sans une âme, sans un principe directeur, autogène, indépendant, éternel ; ce ne sont que des systèmes soumis aux lois des systèmes, notamment entropie, néguentropie, interaction et rétroaction… Et, bien entendu, puisqu’il s’agit de tous les phénomènes, il faut y inclure le phénomène ego, ce moi illusoire… Fort heureusement, des moyens existent dans la pratique spirituelle pour éveiller la Prajñā.

Soutra du Coeur de la Connaissance transcendante (extrait)

(Version tibétaine)

Alors, inspiré par le pouvoir du Bouddha, le vénérable Shariputra s'adressa au bodhisattva grand être, au sublime seigneur Avalokiteshvara :

« Comment s'entraînera le fils ou la fille de noble famille qui veut s'adonner à la pratique de la profonde Connaissance transcendante ? »

Le bodhisattva grand être, le sublime seigneur Avalokiteshvara, répondit au vénérable Shâriputra :

« Shariputra, le fils ou la fille de noble famille qui souhaite s'adonner à la pratique de la profonde Connaissance transcendante verra les choses comme ceci : il verra réellement et continuellement que les cinq agrégats sont vides de toute essence. [les 5 agrégats sont : les formes, les sensations, les perceptions, les formations karmiques, les consciences]

Les formes sont vides ; la vacuité elle-même, ce sont les formes ; la vacuité n'est pas différente des formes ; les formes ne sont autres que la vacuité.

De même, les sensations, les représentations mentales, les formations karmiques et les consciences sont vides.

En conséquence, vénérable Shâriputra, tous les phénomènes sont vacuité : dépourvus de caractéristiques essentielles, ils ne naissent ni ne cessent ; immaculés et libres de toute impureté, ils ne croissent ni ne décroissent.

En conséquence, Shâriputra, dans la vacuité il n’y a ni formes, ni représentations mentales, ni formations karmiques, ni consciences ; il n’y a ni œil, ni oreille, ni nez, ni langue, ni corps, ni intellect, ni formes visibles, ni sons, ni odeurs, ni saveurs, ni objets tangibles ni phénomènes mentaux ; il n’y a pas de sphère visuelle et ainsi de suite jusqu’à : il n’y a pas de sphère mentale ni de sphère de la conscience mentale.

Etc.

Prajna selon le Mahayana

Selon l’Abhidharma mahayana, prajna constitue au niveau ordinaire le discernement, l’un des facteurs déterminants de l’esprit qui permet à celui-ci d’investiguer les qualités de l’objet examiné.

La prajna est développée non seulement par l’étude et la réflexion mais surtout par la méditation, lors de l’entraînement de vipasyana (vision pénétrante).

La prajna est la connaissance directe de la vacuité du soi individuel et de tous les phénomènes, symbolisée parfois par l’épée enflammée de Manjushri qui tranche les ténèbres de l’ignorance et dissipe la vision dualiste. En tant que telle, elle est la prajnaparamita, la perfection de sagesse ou connaissance transcendante, la sixième des paramita et la plus importante d’entre elles puisque sans sa présence, les cinq autres (don, discipline, patience, énergie, concentration) ne sont pas des activités transcendantes mais de simples activités ordinaires.

On considère que la connaissance de la vacuité (sunyata) est inséparable de la compassion (karuna), l’union des deux constituants que l’on nomme bodhicitta. Le signe que prajna se manifeste est précisément le développement de la grande compassion pour tous les êtres plongés dans l’ignorance et la souffrance. Une connaissance vraie et directe de la vacuité sans la manifestation de la compassion est impossible. Ou plutôt, il ne peut s’agir que d’un connaissance conceptuelle de la vacuité et non de prajnaparamita. Ce qui place d’emblée prajna au-delà de la simple compréhension intellectuelle.

Lien de prajna (connaissance supérieure) avec jnana (sagesses)

Dans le Mahayana, on trouve une théorie des quatre ou cinq sagesses (jnana). Ces quatre sagesses (miroir, égalité, discernement et accomplissement) sont obtenues au moment de la révolution des différentes consciences (vijnana). Pour s’actualiser, elles doivent être nourries par les accumulations de connaissance (prajna) et de mérites acquises au cours du cheminement spirituel. La Prajna est donc la connaissance qui permet de nourrir les consciences en vue de la réalisation des sagesses, c’est-à-dire de la bouddhéité.

Lien de prajna avec la méditation pénétrante.

Par exemple, prajna est utilisée dans les différentes étapes de la méditation pénétrante du mahamoudra :

- Observation et reconnaissance de l’esprit pacifié
- Observation et reconnaissance de l’esprit mobile ou pensant
- Observation et reconnaissance de l’esprit qui reflète les apparences et de l’esprit en relation avec le corps
- Observation et reconnaissance conjointe de l’esprit paisible et de l’esprit mobile


 

 

 

 

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